Pourquoi l’Algérie doit maintenir sa position de non-intervention militaire en dehors de ses frontières

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Pourquoi l’Algérie doit maintenir sa position de non-intervention militaire en dehors de ses frontières

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La région du Sahel reflète le paradoxe de constituer des territoires immenses (3 000 000 km2 sur 5500 km de long et entre 1000 et 500 km de large), dont le sous-sol regorge de ressources naturelles peu ou mal exploitées (uranium, or, gaz, diamant, bauxite, phosphate, manganèse, cobalt, pétrole,…), et dans le même temps de représenter l’une des régions les plus pauvres au monde (en queue de peloton à l’échelle mondiale en matière de PIB/habitant et d’IDH, et parmi les 20 premiers en matière de démographie).

L’absence de culture démocratique, la sous-gouvernance chronique et l’absence d’Etat sur des régions entières a maintenu les pays du Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso, Tchad, Mauritanie notamment) dans un état de misère, de chômage de masse et de sous-développement ; les gouvernants respectifs surfant sur les divisions, les particularismes et le clientélisme pour se maintenir et perpétuer leur règne, sous l’œil pour le moins complaisant des ex-puissances coloniales.

L’effondrement de la Libye, qui a constitué pendant longtemps un pôle d’immigration massive (entre 1,5 et 2,5 millions de personnes), qui a attiré dans ce «nouvel eldorado» des milliers de migrants en provenance d’Afrique de l’Ouest en qualité de travailleurs dans les secteurs économiques et pour servir dans l’armée libyenne, a traduit le retour dans la précipitation de migrants dans des pays très touchés par la précarité, l’insécurité, la sécheresse, la famine…, ce qui a privé des milliers de familles de leur principale ressource.

C’est sur ce terreau marqué par le retour concomitant de migrants de Libye, de combattants fuyant l’Irak et la Syrie, d’une population désabusée livrée à elle-même et par l’absence concrète de l’Etat, que s’est développé un trafic en tous genres (drogue, racket, immigration clandestine, armes, marchandises, cigarettes, terrorisme,…), activités favorisées par ailleurs par l’existence d’un marché de l’armement à ciel ouvert en Libye.

Ces groupuscules agglomérés se sont très vite constitués en force qui a été en capacité de contrôler tout le nord du Mali en proie à des mouvements séparatistes et à la présence de groupuscules d’AQMI, mettre en déroute l’armée malienne et menacer Bamako.

En dépit des accords dits d’Alger en 2015, du statu quo qui en a suivi, de la mutualisation des forces au sein du G5 et la participation d’autres pays tels que les USA, Allemagne, Italie, la Grande-Bretagne… (soutien logistique et renseignement), la situation reste déstabilisée (attaques récurrentes au Mali, Burkina Faso, Niger, renforcement en armes de Boko Haram au Nigeria, et propagation au Cameroun).

Le G5 créé à l’initiative des pays du Sahel et de la France peine à prendre ses repères fragilisé par :

– l’absence de troupes aguerries ;
– des problèmes de financement à moyen et long termes pour contrôler un vaste territoire ; les résultats mitigés de l’appel à l’aide financière internationale de Paris peinant à «boucler» le budget à minima de cette force, ce qui montre le peu d’implication de la communauté internationale.

Ceci annonce le prélude à l’enlisement des troupes engagées sur le terrain, notamment celles de la force française Barkhane et dont le président Macron, conscient des dégâts causés par le fiasco de l’intervention en Libye et des risques de propagation à toute la région, n’a cessé d’appeler à l’aide internationale, notamment l’ONU et l’UE, pour dégager des fonds et soutenir le G5.
Cela montre que l’approche du problème sahélien par le seul prisme sécuritaire est très nettement insuffisante et est de ce fait loin de constituer une réponse appropriée à la problématique.

Pour espérer aboutir, l’intervention au Sahel doit certes commencer par le volet militaire pour lutter contre le terrorisme et rétablir la sécurité, mais aussi par des initiatives visant à renforcer les institutions publiques, réhabiliter l’Etat, rétablir l’ordre et la justice, c’est-à-dire la base de la gouvernance, avec en concomitance un programme économique à effet immédiat visant à redonner espoir, stabiliser et fixer les populations autochtones.

Il faut sortir des dispositifs d’aides classiques, détournées de leurs objectifs et qui n’ont rien changé à ces populations, si ce n’est perpétuer la gabegie et aller vers des activités permettant la création d’emplois à partir de ressources locales (matières premières) et un soutien franc au secteur privé producteur.

Sur le terrain et ne voyant rien venir qui soit de nature à améliorer leur sort au quotidien, cette force du G5 commence à être perçue par les populations locales comme étant une sorte de quasi-occupation étrangère ; l’attitude défaillante des gouvernants et leur incapacité à agir poussant les uns à soutenir les djihadistes, et d’autres à suivre le mouvement migratoire vers les pays du Nord avec tout ce que cela induit comme déstabilisation, y compris en Europe-même.

Devant cette situation d’enlisement des parties en Afrique, en Europe, aux USA et au Moyen-Orient poussent vers l’implication de l’Algérie et ne cessent pour ce faire de louer ses capacités militaires, son expérience dans la lutte anti-terroriste et sa parfaite connaissance et ses connexions dans la région.

L’Algérie, qui a jusque-là décliné les sollicitations étrangères, justifie sa position par les dispositions de sa Constitution qui ne permettent pas l’intervention de son armée en dehors des frontières, et par ailleurs par sa politique privilégiant le règlement des conflits via des négociations et la réconciliation inclusives.

Par ailleurs, le contexte géopolitique international chahuté, marqué par une situation de désordre multiforme centrée sur les pays de la zone dite du «Grand Moyen-Orient» pose à juste titre de réels doutes sur l’objectif affiché de lutte contre le terrorisme et qui pourrait n’être qu’une façade pour masquer des objectifs inavoués visant l’accaparement des matières premières et autres ressources minières dont regorgent ces pays.

En effet, depuis le début du Printemps arabe en 2011, notre pays n’a cessé d’être désigné par la majeure partie des experts comme étant l’une des cibles prioritaires. L’attaque de Tiguentourine en janvier 2013, outre la perte de vies humaines, a contribué à priver le pays de ressources cruciales tirées de ce gisement (9 milliards de m3 par an avant l’attaque, soit environ 10% de la production totale), mais bien plus à faire de l’Algérie une destination à risques.

Plus près de nous les rapports réguliers des ONG internationales dont les derniers accusent notre pays de maltraitance des migrants illégaux sahéliens ; le jaillissement du Maroc visant à impliquer l’Algérie via un supposé soutien de l’Iran et du Hezbollah au Polisario, outre l’objectif de rallier les thèses de l’Arabie Saoudite et de plaire aux USA participent de la même politique de déstabilisation.

Bien qu’il n’y ait pas de relation directe, la violente levée de boucliers des pays européens suite à la décision de notre pays de restreindre ses importations dans le cadre de mesures de sauvegarde doit être interprétée comme étant un pendant à des pressions multiformes sur notre pays.

Cette situation d’encerclement à nos frontières doublée d’attaques insidieuses récurrentes, doit impérativement nous conduire à adapter notre action internationale aujourd’hui réactive, à la dynamique de la culture géopolitique qui non seulement appelle un changement d’approche, mais bien plus une présence accrue dans les forums internationaux et la mobilisation de tous les canaux de communication possibles (diplomatie, culture, sport, diaspora, mouvement associatif, patronat,…), pour porter la voix de l’Algérie partout dans le monde et éviter les amalgames entretenus par des parties qui ne nous veulent pas que du bien.

Conscient de ces enjeux et tout en prenant part aux initiatives des organisations internationales et régionales en vue du règlement des conflits, et en favorisant les relations bilatérales en matière d’échanges d’informations sécuritaires, de formation, de coopération et d’aides diverses, notre pays doit continuer à expliquer et défendre sa position de non-ingérence en dépit des pressions internationales tous azimut qui se font de plus en plus insistantes pour l’impliquer militairement dans une aventure aux contours non mesurés (durée, coût financier, coût politique, social,…) et pouvant à terme impacter ses équilibres, voire sa souveraineté.

A l’évidence, l’approche purement sécuritaire qui est adoptée dans le cas du Sahel ne déroge en rien avec les interventions en Afghanistan, en Irak et en Syrie, Soudan, Somalie, et ne peut produire que les mêmes effets : désastre humanitaire, déstabilisation, éclatement de pays, disparition des Etats, déplacement des populations, accentuation de la pauvreté, déséquilibre économique et social…

Dans l’état actuel des choses, l’Algérie n’a aucun intérêt à participer à une aventure sans fin et aux lendemains incertains et doit camper sur ses positions et faire front aux sirènes qui louvoient, flattent et louent ses capacités militaires et son rôle de puissance régionale pour l’embourber dans les sables du Sahel.

L’approche militaire aux problèmes du Sahel est certes nécessaire pour lutter contre un terrorisme sans frontières, mais cette approche ne peut être de plein effet que si elle est dans le même temps accompagnée d’un vaste plan soutenu par l’ONU, l’UE et les grandes puissances avec, à l’appui, la mobilisation de fonds significatifs et visant :

– la restauration de l’Etat ;
– des efforts en matière de gouvernance ;
– la restauration de la justice ;
– un appui au système éducatif et de formation aux métiers ;
– un appui au système associatif ;
– un appui économique conséquent ;
– la mise en place de projets visant la transformation sur place des matières premières disponibles, induisant la création d’emplois de manière à fixer les populations et ainsi freiner les mouvements migratoires.

Toutes les institutions mondiales s’accordent à affirmer que :

– les principales ressources naturelles, minières notamment restantes, se trouvent en Afrique ;
– que l’Afrique, compte tenu de la croissance de sa population, comptera plus de 2,5 milliards d’habitants vers 2050, dont 65% de moins de 30 ans, synonyme de force de travail et de marché potentiel ;
– toutes les puissances mondiales sont présentes en Afrique, en quête de positions, d’influence et de parts de marché.

Il est en conséquence paradoxal de constater que ce continent tant convoité pour ses richesses naturelles, pour sa main-d’œuvre et pour le marché potentiel qu’il va représenter, continue comme au temps des colonies à être considéré comme seulement une source de matières premières et le réceptacle des excédents et des surproductions des pays développés.

Pour être cohérente et viable, une telle approche doit inciter les pays développés «fixés» sur ce continent à reconsidérer les termes de l’échange qui ont prévalu jusque-là, à repenser un nouveau modèle basé sur le partage de production et donc de revenus à travers le transfert de production en Afrique même.

Une telle voie est certainement plus équitable pour les populations africaines nombreuses, jeunes, avides de consommer et d’améliorer leur niveau de vie, et donc pour ce faire à la recherche d’emplois pour justement tirer les ressources nécessaires ; elle est par ailleurs impérative pour soutenir le développement des pays occidentaux dont la plupart sont en crise depuis des décennies, et qui par ce moyen pourra rebondir.

Une telle vision marquée par un engagement franc pour le co-développement entre l’Europe, les grandes puissances et les pays africains pourrait constituer un cadre de réflexion autour duquel notre pays pourrait servir d’entrée via des infrastructures «Lien» existantes (Transsaharienne, pipes, réseau autoroutier,…) et en cours (port Centre d’El Hamdania) pour contribuer à créer des pôles de développement et des zones d’activité en Afrique même et ainsi espérer fixer les populations.

Ce type de réflexion portant sur le nécessaire «arrimage de l’Europe et de l’Afrique» est par ailleurs développé par certains think tanks, à l’image de l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen (Ipemed), lequel à l’image des démarches des pays Asean et Alena, prône «l’intégration par la redistribution de l’appareil de production», au lieu de continuer à circonscrire les relations avec l’Afrique aux seuls échanges commerciaux (Jean Louis Guigou, délégué général).

Le défaut de repenser les relations économiques internationales, dans le sens d’un plus grand équilibre, et dirions-nous d’une plus grande équité, outre de perpétuer et aggraver une situation désastreuse en Afrique, traduira inévitablement un mouvement migratoire vers le Nord plus conséquent, qui verra des millions d’individus affluer vers les côtes européennes, et qu’aucune force ne pourra arrêter, induisant outre un désastre humanitaire, des mouvements de déstabilisation, y compris en Europe.

Abdenour Kashi
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